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Amsétou Nikiéma, l’étrange guérisseuse de 20 ans qui attire des milliers de personnes au Burkina Faso

Des hommes aux pieds enchainés, malchanceux ou encore possédés, Adja guérit tout

Au Burkina Faso et à 30 kilomètres de Ouagadougou, des milliers de pèlerins et malades, forment une rivière humaine autour de Amsétou Nikiéma, appelée Adja, guérisseuse de 20 ans réputé pour ses pouvoirs hors-norme. Des hommes aux pieds enchainés, malchanceux ou encore possédés, Adja guérit tout.

Toéghin Peulh est l’un des trente-six villages de la commune rurale de Komsilga dans la province du Kadiogo. Un village situé à une quarantaine de kilomètres de Ouagadougou qui depuis un certain temps défraie la chronique. Une jeune dame, qui caresse la vingtaine d’années en est la raison. Elle se nomme Amsétou Nikiéma.

Communément appelée Adja, elle est mariée et mère d’un enfant. Elle réalise des prouesses divinatoires qui vont au-delà de l’entendement. Elle intervient dans la guérison des malades et pour les foyers en quête d’enfants.  Elle réside à Toéghin Peulh. Suivons son histoire…

Amsétou Nikiéma

Hantée par des visions depuis toujours, Amsétou Nikiéma de son vrai nom, a eu une enfance mouvementée.

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Amsétou Nikiema, ou alors Adja, relate que tout commence depuis son bas-âge, c’est-à-dire l’école primaire. Elle a l’impression d’être tout le temps suivi. Et pour couronner le tout, un jour elle disparait tout simplement. « Mais parents m’ont expliqué que depuis que ma maman était gestante, il se passait des choses étranges.

De mémoire, c’est en classe de CE2 que j’ai remarqué qu’il m’arrivait des choses pas très nettes. J’ai remarqué que quand je marchais, j’avais la sensation d’être suivie. J’avais des visions en quelque sorte. Il m’arrivait de prédire le futur », se remémore-t-elle, sourire aux lèvres.

On la croyait folle

« Au début de la folie, j’ai dit à mes parents que je n’étais pas fou mais ils ont refusé. Il y avait un enfant de trois ans qui ne pouvait pas marcher, alors j’ai juré sur ma vie ce jour-là que je le soignerais pendant 12 jours et que l’enfant marcherait. Lorsque j’ai donné le médicament, l’enfant s’est levé le 11e jour et a commencé à marcher. Ainsi, le 12e jour, les gens ont commencé à avoir des soupçons, d’autres disent que c’est de la folie et d’autres disent que ce n’est pas de la folie, » rapporte la jeune femme.

https://youtu.be/hpDXkEgpr_I
Séance de prière de Adja

Devenue adulte, elle décide d’exploiter ses pouvoirs, sinon son don, à bon escient.

C’est ainsi qu’Amsétou décide de faire de grandes prières pour des personnes venues des quatre coins du pays afin de les soulager de leur peine, il y a environ trois ans. A l’entendre, Dieu passe par l’homme pour réaliser des prouesses. Et elle se dit chanceuse d’être une des personnes par laquelle Dieu passe pour opérer ses miracles.

« Par la grâce de Dieu, j’aide les malades à recouvrer la santé. Je fais des délivrances pour ceux et celles qui sont habités par des esprits malsains. Je viens aussi en aide aux hommes et aux femmes qui sont en quête de foyer et en quête d’enfants », nous apprend-elle.

La jeune femme ne saurait expliquer l’étendue de ses pouvoirs mais ceux-ci suscitent selon elle la convoitise de ses nombreux concurrents.

Elle serait victime d’attaques spirituelles et de sorcellerie de leur part.

« ….Aujourd’hui, je ne sais même pas pourquoi Dieu m’a donné du pouvoir jusqu’à ce point. Si je me lève et dis que je veux ceci, il me le donne. Si je vois quelqu’un qui est malade, si je dis que je vais l’aider, il aide la personne, » explique-t-elle.

Des hommes aux pieds enchainés, malchanceux ou encore possédés, Adja guérit tout ceux dont la société burkinabè ne sait que faire.

« Le patient souffrait de vertiges récurrents. Nous avons pris des médicaments de tous les côtés, mais sans succès. Une connaissance nous a parlé d’Adja et nous sommes venus. Quand nous sommes venus, tout est rentré dans l’ordre. Il gérait un stand d’Orange Money et a pu reprendre son travail, » selon Awa Tiendrébeogo, soeur d’un des patients d’Adja.

Prières musulmanes, pharmacopée traditionnelle, cérémonies de désenvoûtement : la guérisseuse conjugue ces méthodes dans un pays majoritairement musulman aux infrastructures de santé défaillantes et où les croyances traditionnelles sont ancrées dans la culture.

Le culte aux ancêtres, une religion avec cette croyance selon laquelle la nature est régie par des esprits analogues à la volonté humaine, n’a jamais réellement quitté les pays africains. Même si dans la plupart d’entre-eux elle est considérée comme néfaste, la religion précoloniale se pratique encore aujourd’hui, le plus souvent alliée aux religions monothéistes héritées de la colonisation.

Officiellement, seuls 9 % des burkinabè se déclarent « animistes », un chiffre notoirement sous-évalué.

Parmi les patients en majorité musulmans présents pendant les cérémonies de guérison d’Adja, beaucoup refusent d’être filmés de près. « L’adage ici, c’est que les gens critiquent la tradition le jour, et la pratiquent la nuit », explique un assistant de la guérisseuse.

L’exemple phare de la pratique de l’ancienne religion sur le territoire africain est le Bénin, où le Vaudou, une pratique ancienne hérigé au rang de code de vie, est pratiquée en harmonie avec le christianisme catholique.

Fin connaisseuse des plantes

Amsétou indique détenir le secret enfoui par dame nature notamment en phytothérapie. Fin connaisseuse des plantes, elle arrive à traiter les personnes souffrant du diabète, des hépatites, des tensions grâce aux plantes et aux écorces…

Une chose est sûr, tout travail à son lot de difficultés. Et Adja en rencontre dans son domaine d’activité. En effet, elle dit ne pas correspondre aux standards requis par la société. Pour le travail qu’elle fait, elle assure faire cavalier seul. « Socialement, ma vie est différente d’un citoyen lambda. Je n’ai pas d’amis, ni de confidents. Mes seuls amis sont les personnes qui viennent à mes prières. Ce sont ceux qui obtiennent satisfaction après, par là pour un problème », a-t-elle attesté.

Le site pour la prière regorge de beaucoup de malades venus de divers horizons. Les malades peuvent y rester durant plusieurs jours  afin d’y recevoir un traitement efficace et efficient. Cela, fait-elle savoir se relève être une difficulté car nombreux sont ces malades résidents sans accompagnants et sans le moindre moyen financier.

« Beaucoup de malades sont laissés à eux mêmes. De plus, il arrive que des femmes soient répudiées pour des raisons de sorcellerie ou de porter la poisse. Quand ces dernières arrivent ici et que je me rends compte qu’elles sont accusées à tort, cela me peine beaucoup. La personne me fait de la peine et cela me fatigue », avoue-t-elle en sus.

Nonobstant tout ce qui peut entraver ses séances de prières, Amsétou dit obtenir de la satisfaction, du réconfort et de la fierté dans ce qu’elle fait. Pour elle, malgré son jeune âge, être l’instigateur de la délivrance d’une personne ou aider des individus à obtenir un minimum vital est très satisfaisant.

Vu la marée humaine présente pour la prière, impossible d’être à la traine, car tous attendent d’être dans le feu de l’action de ce pourquoi ils sont sur place. Alors une invite nous est adressée pour faire notre opinion sur ce que Adja fait de façon concrète. En d’autres termes, voir Adja en pleine démonstration.

Muni d’un bâton faisant office de canne, elle se confond dans la masse. Dès lors, commencent les invocations pour rendre au seigneur toute sa gloire. Ainsi donc, l’index du doigt levé au ciel, elle profère des incantations, de santé, de grâce, de longévité à toute l’assemblée. Et ces derniers aussi en cœur répète amen après chaque bénédiction.

Il faut noter que Adja, fait ses prières avec l’eau courante. Après les différentes bénédictions, elle fait le tour de l’assemblée tout en les invitant à en consommer pour épurer toute maladie et mauvais sort.

A la suite de ce rituel, place est faite aux témoignages. De façon ordonnée, qui pour présenter son enfant, qui pour présenter un bien matériel ou pour annoncer la date d’un futur évènement heureux, les témoignages ne manquent pas et fusent de partout.

Les séances de prières de Amsétou Nikiema sont gratuites. A l’écouter, après satisfaction, libre à chacun de faire preuve de reconnaissance avec un présent.

Grâce aux séances de prière de Amsétou Nikiéma, Toéghin peulh détient ainsi une certaine renommée. Et pour cause, les prières se déroulent 7 jours sur 7. Si la prière n’est pas collective, elle est individuelle. Toujours est-il que Adja assure sa disponibilité chaque fois que le besoin se fait ressentir.

« Je suis disponible à toutes les heures. Dès qu’il y a une urgence, même si c’est la nuit je travaille. Les soins se font de manière collective les lundi, mardi, jeudi, dimanche. Mercredi et samedi, je reçois individuellement sur rendez-vous. Généralement, nous faisons les grandes prières de délivrance les vendredis. Mais pas tous les vendredis. Souvent c’est quartier libre pour les employés pour qu’ils se reposent», a-t-elle martelé.

À la vue de Adja, l’on est immédiatement impressionné par sa garde sécuritaire. Elle explique avoir sous sa coupe 45 employés dont presque la majorité assure sa sécurité. Qui pour assister les malades pendant les séances de prière, qui pour protéger physiquement la prêcheuse. Lors des séances de prières, il arrive que des gens tombent en transe. Ces derniers sous la domination des esprits malsains essayent tant bien que mal de porter atteinte à l’intégrité physique de Adja. Et c’est à juste titre qu’ils butent face à sa sécurité.

« Beaucoup de femmes tombent plus que les hommes. C’est parce que les hommes ne se dépigmentent pas, parce que les hommes ne mettent pas les cils et les grosses perruques. Parce que les hommes ne provoquent pas les génies. Contrairement aux femmes qui provoquent les génies. Les femmes font tous ce que les génies veulent pour les attirer. 

Elles portent des minijupes, des faux cils, des faux ongles, hument des parfums à forte odeur, se dépigmentant, sorte dénudée, avec ça c’est sûr d’attirer la convoitise des génies », a-t-elle avoué, comme pour attirer l’attention des jeunes filles face au phénomène grandissant de l’évanouissement des filles au détriment des garçons dans les établissements scolaires.

Selon un habitué des séances de prière de Adja Nongierma Aimé, ex travailleur dans une mine de la place, son supplice débute il y a un an à son lieu de service. Après de multiples consultations et des examens à n’en point finir sans la découverte de son mal, il prend la résolution de s’en remettre à Dieu et à Adja. A l’en croire, depuis qu’il se rend aux prières, une lueur d’espoir se profile à l’horizon.

« Je suis là depuis, ça vaut un an. Mais l’état de ma maladie qui était très grave, tout est fini. Avant, quand je venais, je m’évanouissais, je tombais, je me donnais des coups. Je suis dans la santé maintenant et je félicite leur travail. Beaucoup de personnes viennent là, mais ils apprécient beaucoup, le travail a une force, ils rentrent dans la santé et ils sont contents, ça ne fatigue personne », a-t-il signalé avec une note de satisfaction avec l’espoir d’un lendemain meilleur.

Plusieurs milliers de personnes reconnaissent les bons services de Amsétou Nikiéma qui aide les malades, en plus, gratuitement…

Avec Aminata Catherine SANOU-Burkina 24 

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