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Tribune libre/Christian Spieker : « La France face à l’épreuve du temps en Afrique »

Le président français, Emmanuel Macron tente le tout pour le tout. D´abord par la CEDEAO, où il n´a pas eu gain de cause escompté comme il l´aurait souhaité. Deux ou trois jours après, il passe par l´UA qui elle aussi, est montée au créneau à son secours pour menacer les militaires de sanctions s´ils ne retournent pas dans leur caserne. Le jeudi soir, la France désespérée, passe à une autre vitesse supérieure de pression : la suspension provisoire de son armée aux cotés des militaires maliens. La course contre la montre est lancée pour garder son influence sur le Mali. Pour la France, dans sa stratégie d´intimidation, il faut aller vite avant que le colonel Goïta ne nomme son Premier ministre et forme son gouvernement. Voilà la stratégie parfaitement calculée de la France. Le Mali, lui, n´a aucune raison à se laisser emporter par les pressions et intimidations de la France. Les autorités doivent garder le cap. Il faut surtout un soutien massif du peuple malien en ce moment pour donner du courage au colonel Assimi Goïta de bien affronter les pressions. C´est tout le secret de sa victoire. Le peuple malien est son remède.

Les jours à venir et même les semaines entières, seront dominés par l´actualité politique malienne.
Emmanuel Macron et Assimi Goïta vont nous livrer un duel politique passionnant. D´un côté, une multiforme de pressions maximales d´Emmanuel Macron et de l´autre, la capacité de résistance d´Assimi Goïta face à un pays encombrant qui ne veut pas quitter l´Afrique. Ce dernier aura-t-il le courage de Sékou Touré pour défier la France ou de celui de Thomas Sankara contre les impérialistes ? Les jours à venir nous diront de quoi il sera capable pour son Mali contre la mainmise de la France. C´est un test qui va nous montrer jusqu´où l´homme fort du Mali pourra résister à cette pression de la France. Va-t-il reculer et faire ce que veut Emmanuel Macron ou pourra-t-il résister à cette pression intense de toutes les formes d´Emmanuel Macron, désespéré de voir échapper à la France son influence coloniale au Mali au profit de la Russie ? En tout cas, la guerre de communication est lancée. Les employés de France 24 et RFI sont parfaitement rodés pour ce genre de travail en faveur de la France. Jusqu´à présent, ils prennent le soin de ne pas évoquer le nom de la Russie dans leurs journaux, même s´ils voient le drapeau russe sur les pancartes que les Maliens brandissent en direct pour lui faire appel. C´est d´abord ici en Europe que les coups indirects d´Emmanuel Macron seront réservés à la Russie. Contre la Russie ces coups ne seront pas directs pour le moment. La diplomatie oblige ! Le compte à rebours est lancé contre l´influence de la France en Afrique.

En tout cas, c´est un grand risque pour la France. La question qui se pose est de savoir si elle ne va pas se faire ridiculiser au cas où elle échouait dans ses manœuvres de s´imposer à tout prix et se maintenir au Mali ? La réponse à la question dépendra de la capacité de résistance du nouvel homme fort du Mali. Ce dernier peut-il avoir le courage de faire fi à la France et maintenir son programme et son dessein ? Voilà ce à quoi nous allons nous attendre les jours et même les semaines à venir. La France, elle, – soyons déjà sûrs – ne va rien lâcher car ses intérêts politiques et économiques dans la région sont trop grands, quitte à s´imposer par la force sans ambages comme il l´a déjà fait savoir pour le Tchad, en déclarant que la France ne lassera pas le Mali entre les mains des djihadistes. C´est peut-être ce à quoi on pourrait s´attendre, si jamais elle échouait par les pressions. C´est le seul scénario qui lui restera pour que le Mali ne lui devienne pas le début du déclin de son influence en Afrique.

D´ailleurs, la communication et les mots s´enchaînent et se réajustent dans les journaux français: tantôt la suspension provisoire de l´armée française au Mali pour quelques jours, tantôt une suspension à titre conservatoire, tantôt une suspension conjointe avec l´armée malienne. Quant à la chaîne France 24 et la radio RFI, leur propagande est mise en marche. La communication est bien rodée et elles jouent bien le jeu en faveur de la France. Ces deux médias français cherchent toujours le bon mot à employer afin que la France ne soit pas ridiculisée. Mais Assimi Goïta, lui, peut-il sortir vainqueur face à cette pression ? Peut-il tenir tête à la France ? En tout cas, toute sa crédibilité en dépend. Mais pour surmonter cette phase compliquée, il aura besoin du soutien massif de son peuple. Sa capacité de surmonter la pression de la France dépendra de son courage et du soutien populaire au Mali. Dans les jours à venir ou même semaines, on verra qui des deux, remportera la première manche avant la suite. Le colonel président doit être entouré de très bons conseillers en communication et en prévision des actes de l´adversaire, prêt à tout en ce moment, afin qu´il ne puisse pas céder à la pression et tomber dans le piège de la France. Il doit tenir bon. Lui-même doit parfaitement maîtriser la rhétorique nationaliste pour pouvoir gagner facilement le cœur de tout le peuple malien car quand on a en face, un adversaire comme la France, la seule arme efficace est le peuple. Le soutien du peuple est capital. Le soutien du peuple rend le chef très fort.

C´est en voyant la mobilisation massive des maliens aux côtés du colonel Goïta que la France pourrait revoir sa stratégie de communication et sa pression à la baisse. Mais ce qui est sûr, la France ne retirera jamais sa base militaire au Mali. Cette suspension dont la qualification varie d´heure en heure n´est qu´un moyen de pression. La pression va baisser si elle se rend compte que le peuple malien soutient massivement Assimi Goïta. L´erreur à ne pas commettre est de ne pas se laisser impressionner ou intimider par la pression de la France sinon ce coup d´État ne servira à rien pour le Mali et à son peuple.

C´est de sa capacité à tenir tête à la France que dépendront sa popularité et la libération entière de son Mali. La Russie, elle, doit lui tendre rapidement la main et non pas trop attendre.

Certes, la Russie n´est pas non plus un pays démocratique, de même que la Chine, quand on voit comment elles sont dirigées avec les méthodes de répression des opposants. Mais au moins, elles ne cherchent pas à avoir la mainmise sur les pays africains comme la France le fait depuis belle lurette.

Voilà pourquoi les Africains, bon gré mal gré, préfèrent la Russie à la France. Entre deux maux, s´il faut obligatoirement choisir, c´est celui qui peut faire moins souffrir qu´on prend. C´est pourquoi la Russie est mieux que la France en Afrique. Même entre les pays de l´union européenne, quoi qu´on dise, l´Allemagne est de loin, moins nocive que la France en Afrique et surtout au Togo.

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