[Le Coup D’œil de Gloria] La dot coutumière : les couples liés par une tradition ancienne, mais divisés par l’enregistrement de l’État


La dot coutumière ne figure pas dans les registres administratifs de l’État, même si cette pratique joue un rôle essentiel dans la reconnaissance sociale des couples en Afrique. Elle représente une tradition à la fois culturelle et historique, transmise de génération en génération par nos ancêtres et représente un symbole fort d’une alliance établie entre deux familles.
La dot implique une mobilisation réciproque pour accorder bénédictions aux époux, à leur amour, ainsi qu’à la paix et à la sécurité. Cette union abolit les barrières entre lignages et favorise une solidarité qui perdure, même après l’échec du mariage ou le décès de l’un des partenaires.
Pour de nombreuses familles en Afrique, elle incarne l’union entre deux individus et officialise leur vie ensemble. Cependant, un paradoxe persiste : des milliers de couples qui ont réalisé la dot légalement sont toujours considérés comme célibataires dans les registres administratifs de l’État. Cette situation soulève des questions importantes sur la cohérence entre les normes sociales et le cadre juridique officiel.
Une reconnaissance sociale qui ne figure pas dans les registres administratifs de l’état.
Dans les faits, après la dot, le couple est perçu comme marié par la communauté : cohabitation, responsabilités familiales, naissance d’enfants, obligations réciproques. Cependant, faute d’un mariage civil formalisé devant l’officier d’état civil, l’administration continue de considérer les conjoints comme célibataires. Cette discordance crée une fracture entre la réalité vécue et la réalité administrative, aux conséquences parfois lourdes avec des conséquences juridiques et sociales bien réelles.
Payer la dot et être célibataires sur les documents officiels.
Cela impacte : la reconnaissance légale du conjoint, les droits successoraux, la protection juridique de la femme, la filiation et certaines démarches liées aux enfants, l’accès à des prestations sociales ou administratives. En cas de séparation, de décès ou de conflit familial, l’absence de reconnaissance administrative du couple peut placer l’un des conjoints, souvent la femme, dans une situation de grande vulnérabilité.
Une procédure civile perçue comme contraignante
Pour beaucoup de couples, le mariage civil est perçu comme coûteux, long ou inutile après la dot. Certains ignorent même son caractère obligatoire pour la reconnaissance légale du couple par l’État. D’autres sont découragés par la complexité administrative, les déplacements, ou les frais annexes souvent dénoncés. Ainsi, le vide juridique se creuse, entre tradition respectée et légalité administrative non accomplie.
Faut-il repenser la place de la dot dans le droit togolais ?
La question mérite d’être posée : le cadre juridique actuel prend-il suffisamment en compte les réalités socioculturelles du pays ? Sans remettre en cause la nécessité du mariage civil, certains plaident pour une meilleure articulation entre la dot coutumière et l’état civil, notamment à travers :
- une reconnaissance déclarative de la dot auprès des mairies,
- des procédures simplifiées pour la conversion de l’union coutumière en mariage civil,
- des campagnes de sensibilisation sur les implications juridiques.
Entre modernité juridique et réalités sociales
Il ne s’agit pas d’opposer tradition et droit moderne, mais de les rendre complémentaires. Une administration proche des citoyens doit intégrer les pratiques culturelles tout en garantissant la sécurité juridique des familles. Aujourd’hui, de nombreux couples vivent une contradiction silencieuse : unis par la tradition, séparés par les papiers de l’État. Une situation qui appelle réflexion, dialogue et réforme.
La dot est une tradition riche en significations, fondamentale dans le mariage traditionnel, mais confrontée à des lois qui la rendent illégale et aux défis de la modernité. Elle ne doit pas être vue comme un achat de la jeune fille, comme certains le pensent, mais plutôt comme un lien sacré entre deux familles, transformant les difficultés du couple en enjeux familiaux et consolidant les alliances.
Les couples liés par une tradition ancienne, mais divisés par l’enregistrement de l’État
Au Togo, la dot est un élément clé du mariage traditionnel, symbolisant l’union des familles, mais le Code des personnes et de la Famille lui donne un caractère strictement symbolique, avec un montant maximum fixé à 10 000 FCFA, payable en nature ou en espèces, aux parents de l’épouse, car seul le mariage civil est reconnu par la loi. (Art. 59) établit que la dot est un acte symbolique, une « compensation » et un gage de respect, avec un plafond légal de 10 000 FCFA, payables en argent ou en biens. Elle est souvent perçue comme obligatoire pour valider le mariage coutumier, même si la célébration civile est la seule reconnue par l’État pour garantir les droits.
En résumé : La dot est une tradition riche en significations, fondamentale dans le mariage traditionnel dans de nombreux pays africains, mais confrontée à des lois qui la rendent techniquement illégale et aux défis de la modernité. Elle ne doit pas être vue comme un achat de la jeune fille, comme certains le pensent, mais plutôt comme un lien sacré entre deux familles, transformant les difficultés du couple en enjeux familiaux et consolidant les alliances.Une
Une réforme est nécessaire pour repenser la place de la dot coutumière dans le droit togolais.
Gloria Ebegna DADJONGA agent d’état civil mairie d’Agoènyivé 1





