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Tradition/ Togo : Le veuvage en pays Nawda

Les Nawda sont un groupe ethnique vivant au Nord Togo. Le territoire occupé par les Nawda fait partie intégrante de la préfecture de Doufelgou. Il s’agit d’une vaste pleine couverte de palmier, de baobab, de nérés, de rôniers, de kapokiers d’environ 1275 km carré, situé dans la partie Nord Est du Togo, à 460 km de Lomé, la capitale et à une altitude de 461 m. elle est comprise entre 9°-10° Laltitude Nord et 0°1° Longitude Est.

Le pays Nawda est limité au Sud et à l’Est par les Kabyè. Au Nord et au Nord Est par les Lamba et les Temberma qui sont les habitants des massifs de l’Atakora. Et enfin, au Sud-Ouest par es Bassar et l’Ouest par les Konkomba. Le pays Nawda est constitué de 6 communautés villageoises lesquelles sont BAGA – KOKA-KONFAGA-NIAMTOUGOU-SIOU-TÉNÉGA.

Les Nawdba ont une religion traditionnelle monothéiste. Ils croient en l’existence d’un dieu tout puissant, transcendant : SANGBANDÉ dont les ‘’KPIMBA’’ ou ‘’YANDABA’’ sont les intermédiaires. Une des particularités du peuple Nawdba est sa conception vis-à-vis du veuvage

Les rites du veuvage : Qu’est-ce que c’est ?

La veuve en pays Nawda est connue sous l’appellation ‘’Kumfoga’’ et le veuvage ‘’Kumfogte’’. Ce concept (Kumfogte) dérive de deux mots : KUM qui signifie Mort et FOGA qui veut dire la Femme mieux l’épouse. Étymologiquement, Kumfoga signifie la Femme ou l’épouse de la mort. Kumfoga fait plus référence à la femme plutôt qu’à l’homme.

Dans la mentalité Nawda, la femme est beaucoup plus disposée à respecter et à observer fidèlement les exigences du veuvage par rapport à l’homme, chef et père de famille, devant travailler pour subvenir aux besoins de toute la famille dont il a la charge. Ceci justifie le fait qu’au niveau de certaines cérémonies du veuvage, le veuf peut se faire excuser et se faire représenter par une femme de sa famille, le plus souvent une de ses grandes sœurs ou une parente un peu âgée. Celle-ci, à la place du veuf, doit s’évertuer à observer tous les rites du veuvage jusqu’à la sortie ou les funérailles.

Toutefois, le veuf lui-même devra se soumettre à certains rites principaux notamment ceux relatifs à l’entrée en veuvage, avant de se faire représenter quand cela s’avère indispensable.
Le temps du veuvage n’est pas le même selon que l’on est homme ou femme. En principe, le veuvage en pays Nawda dure quatre (04) ans pour les hommes et trois (03) pour les femmes.
L’entrée en veuvage commence après l’enterrement du défunt ou de la défunte.
Le veuf ou la veuve devra subir un certain nombre de cérémonies notamment celles de la purification. Une fois l’enterrement terminé, on fait prendre à la veuve ou au veuf un bain dit de purification qui constitue en même temps l’entrée en veuvage. Ce bain selon les villages et canton est pris soit dans un petit ruisseau (kolkparmren = fleuve sec ou tari) soit sur la cour de la maison funèbre et au dépotoir.
Au, moment du bain, la veuve ou le veuf est tout(e) nu(e). Il/elle doit se prêter aux injonctions des femmes chargées de lui faire prendre le bain. Ensuite, on fait rentrer la veuve ou le veuf à la maison où on lui fait boire du tchoukoutou (boisson locale faite à base du sorgho). On lui fait aussi manger quelque chose avant la terrible épreuve de trois (03) jours pour la veuve ou de quatre (04) jours pour le veuf. Au cours de ces jours, la veuve ou le veuf ne mangera pratiquement rien de lourd ou de consistant, si ce n’est une bouillie semblable à celle d’un nourrisson ou le tchoukoutou qui constitue désormais le breuvage autorisé ou privilégié de la veuve ou du veuf.
Il y’a aussi une cérémonie relative au cache-sexe. Il s’agit du ‘’BO’OGO DJITGNEM’’ ou la coupure du cache-sexe. Ce sont des rites purement réservés aux veuves. De la maison où on l’avait emmené entre temps, pour lui faire manger et boire, la veuve est reconduite sur la cour et au dépotoir où auront lieu les rites relatifs au cache-sexe. On fait porter à cette dernière un cache-sexe fabriqué sur le champ à base d’une écorce d’arbre appelé BO’OGA. Cet arbre est bien connu et bien indiqué pour de telles cérémonies parce qu’il a servi effectivement de cache-sexe aux aïeux en des immémoriaux où on ne connaissait pas encore le port de vêtement comme c’est le cas aujourd’hui. La cérémonie ne dure que quelques instants, après quoi ce cache-sexe est coupé et brûlé au dépotoir. Ceci signifie que la veuve qui a longtemps gardé sa virginité et toute son intimité pour son mari défunt est maintenant libre et qu’elle pourra se ‘’remarier’’ après les funérailles de la sortie de veuvage si elle le veut bien.

Toutefois, la possibilité lui est donné de rester dans la famille de son mari défunt, si elle le veut et si ses enfants sont en âge de s’occuper d’eux-mêmes et d’elle. Dans ce cas, elle est intégrée à la famille de son défunt mari où elle continue de jouir de ses droits d’épouse. Les recherches ont montré que jadis, chez les Nawda, le petit frère du mari défunt pouvait épouser la veuve pour continuer de donner une descendance à son frère défunt. Aujourd’hui, c’est des cas qui semblent tomber en désuétude.
Après le premier rite du cache-sexe, on enduit tout le corps de la veuve d’huile de palme fabriquée à la maison et suivant les méthodes traditionnelles Ensuite, on l’habille d’un pagne noir et on l’introduit à la maison, dans la chambre où elle logera désormais jusqu’aux funérailles qui marque la sortie de deuil ou du veuvage. Ce rite de l’entrée de la veuve dans la chambre s’appelle « Dugun Djibm » qui signifie l’entrée dans la chambre. Il est à noter que durant tout le temps du veuvage, la seule pommade autorisée de la veuve n’est rien d’autre que l’huile de palme.

Le rasage de tête (Djukpabe) : Qu’est-ce que c’est ?

Trois jours après l’enterrement, quand il s’agit d’un homme défunt ou quatre jours quand c’est une femme, on procède au rasage de la tête de la veuve ou du veuf. Le rite de rasage terminé, la veuve est à nouveau induite d’huile de palmiste et reconduite à la maison avec à la main une tige de bambou et la tête recouverte d’une calebasse elle-même enduite de cette même huile de palme à son extérieur. Cette fois-ci, elle porte à la hanche une sorte de perles traditionnelles « Obermu » tressées à base de certaines herbes. La veuve entre à la maison à pas très lents, voire comptés avec devant elle sa marraine d’initiation. Désormais, c’est cette dernière qui apprendra à la veuve ce qu’elle devra faire et le comportement qu’elle devra adopter toutes les fois qu’elle se déplacera notamment la démarche lente, la tête baissée avec une petite brindille à la bouche en signe de silence. Le port de la tige de bambou, avec le symbolisme de l’huile de palme signifie qu’étant veuve, elle porte sur elle la responsabilité de l’entrée ou non de son mari dans le conclave des ancêtres, selon qu’elle aura respecté ou non de façon scrupuleuse le rite du veuvage. La calebasse quant à elle, symbolise son dénuement, sa dépendance et invite à la charité à l’égard de la veuve. Le rite du veuvage en pays Nawda, rite pendant lequel la veuve ne peut pas travailler pour subvenir à ses besoins a prévu la charité pour compenser ces jours de carence. C’est pourquoi une place est faite au partage. La veuve vivra durant tout temps du veuvage des divers dons qu’elle aura recueillie dans sa calebasse. Pendant son veuvage, la veuve ne devra pas boire dans n’importe quelle calebasse autre que dans celle prévue par le rite du veuvage. Avant de boire et manger, elle devra toujours se laver les mains en signe de purification et de respect à la mémoire de son défunt mari.
Cette cérémonie met fin aux cérémonies de purification et cède à des cérémonies plus souples notamment le ‘’WERIBE’’. Ces cérémonies ont lieu un ou deux mois après l’enterrement et constituent une obtention de permission des aïeux pour permettre à la veuve de continuer ses travaux habituels. Dans ce rite on lui pose sur sa tête une houe en la conduisant près d’un champ où elle essaie de creuser le sol par trois coups de houe ; on l’amène ensuite près d’un arbre avec un coupe-coupe à la main et là elle essaie de tailler l’arbre en lui donnant trois coups de coupe-coupe, après quoi elle pose le pied sur l’arbre également en le saisissant comme pour monter. Cette initiation ouvre la porte à la veuve qui peut désormais vaquer librement, mais de façon modérée à ses anciennes occupations.
Après le WERIBE, nous avons le ‘’Yakun Kéna’’ et le ‘’GBINTEKEM’’

Après les cérémonies d’initiation aux travaux champêtres, on emmène la veuve (torse nue) au marché avec sa calebasse à la main et on l’installe à un endroit indiqué du marché où tous ceux qui le veulent pourront passer lui déposer leurs dons de sympathie et de charité. Le déplacement de la maison au marché tout comme celui du retour prend toujours un temps énorme en raison de la lenteur de la veuve qui ne doit se déplacer qu’à pas très lents, selon la prescription. C’est le Yakun Kéna. Le GBINTEKEM quant à lui constitue la sortie du veuvage.

En contact avec l’occident et le christianisme qui prône la liberté, l’émancipation, la dignité et tout ce qui va avec, la culture Nawda a connue des mutations notamment en ce qui concerne le veuvage.
La durée du veuvage n’est plus d’un an pour les deux sexes.
Le rite du bain de purification dans la nudité complète ne trouve presque plus de candidates si ce n’est dans les villages reculés où la communauté et le culte de l’ancestralité exercent encore un certain pouvoir contraignant sur l’individu.

SOH Essozolim Victorien

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