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POURQUOI L’ÉGLISE CATHOLIQUE CONDAMNE LA FRANC MAÇONNERIE DEPUIS 1738 ?

Pour comprendre l’acharnement antimaçonnique de la papauté romaine il faudrait remonter l’histoire anglaise qui a vu naître la Franc maçonnerie au XVII° siècle dans un esprit de tolérance religieuse offrant à chacun le choix de sa confession religieuse et la liberté de conscience, tout en luttant contre les arrestations arbitraires et le pouvoir absolu du roi, dans le respect de la liberté d’opinion et de l’égalité des hommes recherchant la vérité des lois de la nature en dehors des Saintes Écritures.

En effet, l’Angleterre du 17°s (analysée par Paul Hazard dans « La Crise de la conscience européenne 1680-1715») révèle l’ « Enlightenment » (éclairage des esprits) résultant des influences successives des pensées de F. Bacon, Spinoza, Locke et Newton qui ont abouti à l’émancipation progressive des consciences des gentlemen anglais envers l’obscurantisme, l’absolutisme royal et le fanatisme religieux.

Dès 1620, dans « Novum Organum », F. Bacon expose sa logique expérimentale pour interpréter la nature, au lieu de se contenter de la tradition des Saintes Ecritures. Il explique aussi comment l’Homme peut se perfectionner en purgeant son intellect des 4 catégories de préjugés qui formatent sa façon de penser : son hérédité, sa culture d’origine, son ego et ses fréquentations. De la sorte, chacun peut renaitre en un homme nouveau, libre, responsable et plus utile à la société. Ces nouvelles idées, enseignées à Oxford et Cambridge, ont influencé le vote en 1679 de l’ « Habeas Corpus Act » qui institue le respect de la liberté individuelle et le principe d’égalité de tous devant la loi, qui seront défendus par les philosophies des Lumières au 18° siècle.
En 1626, dans « Nova Atlantis », F. Bacon définit les nouveaux concepts de « progrès », de « gain de productivité » et d’ « efficience » comme des facteurs essentiels du développement et du bonheur social. A cet effet, il propose la création d’ « instituts de recherche » pour développer les échanges entre savants du monde pour améliorer la vie en société. C’est ce qui aboutira à la création en 1662 de la « Royal Society » regroupant des savants autour de Charles II pour le conseiller dans sa gouvernance. C’est la naissance de la « bonne gouvernance » qui évitera au Royaume uni les désordres révolutionnaires que connaîtra l’Europe aux 18°s et 19°s.
Dans le même esprit, F.Bacon prône la tolérance religieuse comme facteur de réunion des compétences complémentaires des diverses communautés d’une nation pour son plus grand bonheur. D’où, en 1656, la réintégration des Juifs en Angleterre (dont ils avaient été expulsés en 1290) sur ordre de Cromwell, qui avait pour souci de renforcer l’économie anglaise, ruinée par 30 années de guerre civile.

En 1670, Baruch Spinoza influença la pensée anglaise par son « Traité théologico-politique », où il soutient que la raison doit pouvoir s’exprimer pleinement en étant libre de toute censure religieuse. Puis, dans « L’Ethique », il démontre que la « Cité de Dieu » et le « Roi de droit divin » sont des conceptions erronées qui entravent le bonheur social. Il dit que l’homme, après avoir conçu un Dieu inaccessible, doit désormais concevoir un Dieu rationnel, fondé sur l’ordre harmonieux de l’Univers. Et, pour Spinoza, l’homme idéal pour diriger la société doit être « le Sage » qui veille à son harmonie au lieu de laisser gouverner ceux qui règnent en la divisant et la ruinant.
En 1689, John Locke, dans « Lettre sur la Tolérance », soutient que « personne n’est tenu d’avoir une religion plutôt qu’une autre », mais il ajoute que « ceux qui nient l’existence d’une puissance divine ne doivent être tolérés en aucune façon ». C’est ce que confirment les « Constitutions d’Anderson » de 1723, condamnant « l’athée stupide ». 
Mieux encore, Locke estime que les divergences des diverses confessions chrétiennes n’ont pas de sens devant Dieu, et qu’elles sont entretenues par le pouvoir politique qui cherche à gouverner les hommes en les divisant par le fanatisme religieux.
Enfin, Newton, auteur de « la loi sur la gravitation universelle », réfute l’idée d’un univers réduit à une simple mécanique en rappelant que si la force de gravitation explique le mouvement des planètes, elle n’en révèle point l’origine. Il en conclut qu’il existe une puissance surnaturelle gouvernant toutes choses, mais sans religion précise, et il refusera de recevoir les derniers sacrements sur son lit de mort en 1727.
Le brassage de tous ces courants de pensées, fondées sur la latitude donnée à chacun d’exercer sa liberté de conscience, va déboucher à la fin du 17° siècle sur l’esprit « latitudinaire » des gentlemen anglais, qui, tout en restant rattachés à l’Anglicanisme traditionnel, estiment que les formes liturgiques ne sont pas déterminantes pour la foi, l’essentiel étant de croire, les querelles religieuses portant sur des détails sans importance au regard de la foi, et contredisant l’enseignement évangélique de l’amour de son prochain. La conduite latitudinaire consiste donc à prier en paix, en respectant toutes les « sensibilités », l’essentiel étant de croire en Dieu en laissant à chacun le choix de sa liturgie ».
Et c’est cet esprit latitudinaire qui va inspirer les « Constitutions » d’Anderson dont l’objet est de réunir des « hommes libres et de bonnes mœurs » au sein de l’espace œcuménique de loges maçonniques ignorant les divisions religieuses. Et cette conduite laïque va déferler sur l’Europe au 18°s, grâce à la position dominante de l’Angleterre après la mort de Louis XIV en 1715. Cela va inquiéter le Saint-Office chargé de veiller à la sauvegarde de l’orthodoxie catholique et de l’autorité du Pape sur ses fidèles.
En effet, l’Eglise accuse alors les « latitudinaires » d’être des déistes négligeant l’importance du Credo du 1er Concile de Nicée de 325, qui avait instauré le pouvoir d’excommunication au nom du 1er dogme de la Trinité. De même, le Saint-Office (l’Index à l’époque) va reprocher aux latitudinaires de négliger la Révélation en pratiquant une foi à géométrie variable, versant dans l’indifférence jusqu’à constituer une menace pour les fondements de l’autorité du Pape et la survie de l’Eglise romaine.
Cela inquiéta le cardinal de Fleury, Premier ministre de Louis XV, partisan du pouvoir royal de droit divin, dont la légitimité repose sur l’onction de l’Eglise romaine.
Et toutes ces idées « modernistes » de rationalisme et de liberté de conscience, fut alors qualifié de « tolérantisme » par l’Eglise romaine. Ainsi l’Eglise condamna ces latitudinaires « tolérantistes » parce que conduisant au déisme, qui ignore les mystères de la Trinité, de l’Incarnation et de l’Eucharistie, fondements de la foi catholique.

A partir de là, le Saint-Office, veillant sur la nature de la Foi, condamna les loges maçonniques parce qu’elles constituaient un espace œcuménique multiconfessionnel où règnent la Raison, la Sagesse, les mœurs libertines et l’Ordre géométrique de l’univers défendu par Copernic et Galilée, et dont l’esprit qualifié de « Modernisme » rejette le pouvoir royal de droit divin et croit aux vérités des sciences expérimentales.
Or, tout ce nouvel esprit « moderniste » se retrouve dans l’Article 1er des « Constitutions » d’Anderson définissant la FM comme le centre d’union d’ « hommes de sociabilité, de cosmopolitisme et de culture universaliste », libres dans l’interprétation des Saintes Écritures, chacun guidant sa conduite dans un esprit de tolérance mutuelle, l’accord sur l’essentiel autorisant des divergences sur l’accessoire. Et cette idéologie visant s’étendre au monde entier, elle allait inquiéter les monarchies européennes de droit divin craignant cette fraternité universelle.
Entre 1724 et 1734, J.T. Desaguliers, fondateur de la G.°.L.°. de Londres en 1717, implanta la FM sur le continent européen où il était invité comme savant et S.G de la prestigieuse « Royal Society ». Il en profita pour nommer une haute personnalité comme GM dans chaque pays, pour y diffuser les « Constitutions » et la FM.
Mais voici qu’en 1735, le gouvernement hollandais interdit les assemblées de « frimassons » par crainte des complots de ces gens liés par un secret « impénétrable », alors qu’ils soutenaient le Prince de Nassau briguant la fonction de stathouder. De même, en 1736, la ville de Genève, siège de Calvin, interdit l’ouverture d’une 1ère loge maçonnique à cause de ce secret inviolable, considéré ennemi de l’ordre public. Et ces assemblées de frimassons inquiétèrent les autres pouvoirs absolus de droit divin, dont le Palatinat et le cardinal de Fleury en France en 1737.
Pourquoi le cardinal de Fleury alerta le Pape Clément XII contre la FM
Le cardinal de Fleury, précepteur du jeune Louis XV, fut chargé de diriger le royaume de France de 1726 jusque sa mort en 1743 à l’âge de 89 ans. Il était conscient du mauvais état de l’armée française, affaiblie par 50 ans de guerres sous Louis XIV. Aussi, par souci de paix, veillait-t-il à ne pas inquiéter les Anglais.
Or, le 21/03/1737, le chevalier de Ramsay, un aventurier écossais partisan du retour au pouvoir à Londres de la dynastie Stuart, lui présenta son fameux « Discours » sur l’histoire de la FM qu’il venait d’inventer pour plaire aux Nobles français en les qualifiant de successeurs des croisades. Le cardinal jugea aussitôt les réunions de « frimassons » comme « très dangereuses dans un Etat ».
Et, comme Ramsay était protégé par l’ennemi stuartiste du Roi d’Angleterre, réfugié en France, le Cardinal de Fleury le soupçonna de chercher à rallier la noblesse française à la cause stuartiste en faisant l’éloge de la chevalerie française qui avait défendu les lieux saints aux côtés des Templiers que Ramsay présente comme les ancêtres des frimassons, et ceci, alors même que les Templiers avaient été condamnés comme hérétiques par le Pape Clément V en 1307.
Plus encore, le « Discours » de Ramsay critique le roi britannique pour son intolérance qui aurait amené la fraternité maçonnique anglaise à se refugier en France en compagnie du roi Jacques II Stuart, réfugié en France.
Pire encore, ce discours s’attaque à la stabilité du pouvoir royal de droit divin en France, puisqu’il projette que la fraternité maçonnique va créer en France une « république universelle » qui rayonnera sur le monde.
Enfin, ce Discours déclare l’universalité de la FM, alors qu’aux yeux du cardinal de Fleury, seule l’Eglise catholique est universelle.
Tout cela fit craindre au cardinal, qu’après l’hérésie janséniste sous Louis XIV, ne jaillisse une hérésie de « tolérantisme », soutenue par la puissante alliance de la noblesse avec des hommes des sciences et des arts, influente à la Cour de Louis XV.
Face à tous ces dangers, le cardinal de Fleury, octogénaire, dut faire appel à son ami le pape Clément XII pour sortir une bulle amenant Louis XV à ne plus tolérer la FM.
LES MOTIFS INVOQUES PAR LA BULLE « IN EMINENTI » DU 24 AVRIL 1738
L’esprit latitudinaire des gentlemen anglais visait à réaliser l’harmonie sociale que Francis Bacon avait placée au centre de sa philosophie humaniste rejetant le dogmatisme qui sème la division en condamnant tous ceux qui pensent différemment.
C’est pourquoi l’esprit latitudinaire des « Constitutions » d’Anderson exclue les « athées stupides » et les  « libertins irréligieux » qui risquent de troubler la quiétude nécessaire dans le centre d’union des « hommes libres et de bonnes mœurs».
C’est aussi pourquoi la 2nde édition des « Constitutions » du 25/1/1738 prône le déisme « noachite », sans engagement confessionnel précis, en ces termes : « Un maçon s’oblige à observer la loi morale comme un vrai noachite ou fils de Noé … et s’il comprend bien le métier, il n’agira jamais contre sa conscience …».
Ainsi, le Maçon de 1738 doit se conduire en citoyen laïque, comme un « noachite » pratiquant la religion naturelle sans fanatisme religieux, prédisposant chacun à une libre interprétation de la Bible à la lumière des nouvelles sciences expérimentales et de sa propre conscience.
C’est bien cette religion de tolérance, mettant l’accent sur l’éthique et la morale, qui est qualifiée par l’Eglise de « tolérantisme » et qui détermine le pape Clément XII à excommunier les assemblées de « frimassons ».
Ceci est confirmé par le début de la bulle « In eminenti » du 24/04/1738 : « Nous avons appris qu’il s’était formé une certaine société de Frimassons, admettant indifféremment des personnes de toute religion, qui se sont établies certains statuts les liant entre eux et les obligeant sous les plus graves peines, en vertu d’un serment porté sur les Saintes Écritures, de garder le secret inviolable sur tout ce qui se passe dans leurs assemblées… Si leurs actions étaient irréprochables, ils ne se déroberaient pas avec tant de soin à la lumière… De là vient que, depuis longtemps, ces sociétés ont été sagement proscrites par la plupart des princes dans leurs États, qui les ont regardées comme ennemis de la sûreté publique. »
Ainsi, Clément XII invoque-t-il d’abord la présomption de complot politique, portée par des gouvernements politiques contre les assemblées de frimassons, pour ensuite les condamner de façon religieuse.
Il invoque en tout six « causes très graves »:
1- La supra-confessionnalité des assemblées maçonniques ;
2- Le caractère impénétrable du secret ;
3- Le serment sur la Bible qui en garantit l’inviolabilité ;
4- L’illégalité des sociétés maçonniques au regard des lois civiles ou ecclésiastiques ;
5- La proscription de ces sociétés  par « les lois des princes séculiers »
6- Leur mauvaise réputation
Cette bulle s’adressait d’abord au roi de France, « Fille aînée de l’Eglise », dont e roi Louis XV était en bonne entente avec de hautes personnalités maçonniques qui réussissaient à entraver l’action du cardinal de Fleury dans sa lutte contre les réunions de frimassons. En outre, cette bulle précise : « de l’avis de plusieurs de nos Cardinaux, … Nous avons conclu et décrété de condamner et de défendre ces dites sociétés à perpétuité ».
Parmi les 6 motifs invoqués par cette bulle, 3 sont d’ordre moral, plaçant le croyant catholique en état de péché grave le privant des sacrements, amenant alors beaucoup de Frimassons à démissionner de la FM. Il s’agit notamment de :
a) le « secret impénétrable » qui empêche de confesser tous ses péchés à son confesseur ;
b) le « serment inviolable sur la Bible », jugé inadmissible en raison de sa « barbare formule » qui inspire la terreur, enfreignant le 2ème commandement du décalogue : « Tu n’invoqueras pas en vain le nom de l’Eternel en dehors de ce qui est vrai, prudent et juste » ;
c) la « mauvaise réputation », qui concerne les réceptions mondaines organisées par de hautes personnalités libertines, membres de l’Ordre maçonnique, comme le duc de Wharton à Londres, le duc d’Antin à Paris ou le futur Frédéric II de Prusse.
Outre ces 3 condamnations religieuses, la bulle invoque le motif de supra-confessionnalité des assemblées maçonniques, consistant à recevoir en loge des « latitudinaires » pratiquent un déisme noachite négligeant les dogmes catholiques.
Quant aux 2 autres motifs, politiques, invoquant l’illégalité des sociétés maçonniques et leur proscription par « les lois des princes séculiers », ils sont inspirés par le cardinal de Fleury qui qualifiait ces assemblées de «  très dangereuses dans un Etat ». Ainsi Clément XII invite-t-il le roi Louis XV à traiter « ces sortes de gens comme ennemis de la sûreté publique et toujours nuisibles à la tranquillité de l’Etat ».
Louis XV fut bien tenté d’exécuter cette condamnation des frimassons, mais le Parlement de Paris refusa d’enregistrer la bulle « In eminenti » qui n’eut donc pas force exécutoire en France, au grand dépit du cardinal de Fleury.
CONCLUSION
Au siècle des « Lumières », la pensée philosophique européenne cherchait à libérer l’homme de l’alliance du pouvoir temporel absolu du roi de droit divin et du pouvoir spirituel du Pape condamnant ensemble la liberté de conscience.
L’esprit latitudinaire anglais de la fin 17°s inspira la 2nde version des « Constitutions » du 25/1/1738, qui se réfère à Pythagore, à la science des Egyptiens et des Juifs de Babylone, à la science des kabbalistes ainsi qu’à d’autres sciences ésotériques dont la connaissance se fait par des voies cachées échappant au Saint Office (=INDEX). Or toutes ces sciences ignoraient le Christ !
Cela va donc nourrir les condamnations répétées de l’Eglise contre la FM jusqu’au concile VATICAN II de 1962/65 qui chercha alors à adapter l’Église au monde moderne en intégrant la réflexion religieuse dans les nouveaux mouvements d’idées, comme l’avait fait, au XIII°s, Thomas d’Aquin en intégrant la réflexion de l’Eglise dans la logique et la dialectique aristotélicienne au lieu de raisonner par analogie comme il était de coutume depuis l’empereur Théodose à la fin du IV°s.
Et voilà que, par la volonté éclairée de Jean XXIII et de Paul VI, les travaux du concile VATICAN II aboutirent au nouveau Code de Droit Canonique du 23/1/1983, ouvert sur monde moderne à dominance laïque, où il n’est plus fait état de la condamnation de la Franc-maçonnerie.
Seul, le Canon 1374 du Code de droit canonique de 1983 stipule : « Qui s’inscrit à une association qui conspire contre l’Église sera puni d’une juste peine ; mais celui qui y joue un rôle actif ou qui la dirige sera puni d’interdit ». Cela signifie que le Franc maçon qui ne conspire pas contre l’Eglise n’est pas condamné.
Quel soulagement par rapport au précédent code de droit canonique de 1917 et à toutes les bulles d’excommunication des Francs maçons depuis 1738, notamment celle de Léon XIII, « Humanum Genus » de 1884, reprochant aux Francs maçons de vouloir séparer l’Eglise de l’Etat en remplaçant l’Eglise par les sciences modernes.
Le concile Vatican II a voulu tourner la page de la peur angoissante de l’Eglise vis-à-vis de la science expérimentale moderne qui avait démenti certaines vérités inscrites dans la Bible, tributaire de ses rédacteurs du 2° siècle. C’est pour mettre fin à ce dogmatisme rétrograde que Jean XXIII et Paul VI ont œuvré au sein de ce concile.
Malheureusement, à son élection en 1983, Jean Paul II nomma le théologien Joseph Ratzinger comme Préfet de la Sainte Congrégation de la foi, remplaçant le Saint-Office qui avait été dissout par Paul VI en 1965 en raison de sa désuétude.
Et voici qu’aussitôt nommé, le Préfet Ratzinger s’empressa de déclarer à propos du canon 1374 qui protégeait les Francs maçons catholiques : « le jugement négatif de l’Eglise sur les associations maçonniques demeure inchangé, leurs principes étant considérés comme inconciliables avec la doctrine de l’Eglise ».
Mais, comme ce jugement déclencha les protestations d’un puissant mouvement de catholiques francs maçons, le Préfet de la foi adoucit son jugement en disant : « Les fidèles du Christ qui s’affilient aux associations maçonniques tombent dans un péché grave et ne peuvent donc accéder à la Sainte Communion ».
Cela avait laissé les FF catholiques indifférents jusqu’à ce que Ratzinger devienne pape Benoît XVI en 2005 : alors, ses paroles se retrouvaient ipso facto revêtues du sceau de l’infaillibilité pontificale, décrétée par Pie IX au concile Vatican I, en 1870.
Désormais, le FM catholique, après avoir été soulagé de ne plus être excommunié à la suite du concile VATICAN II, se retrouve, depuis 2005 et par la volonté fanatique de Joseph Ratzinger, en état de péché grave, privé du sacrement de l’eucharistie, tant qu’il ne renonce pas à son affiliation maçonnique.
Ce jugement du théologien Ratzinger repose sur sa thèse émise le 18/4/2005, à la veille d’être élu pape Benoît XVI, affirmant que la pensée maçonnique soutient « la dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif, et qui donne comme mesure ultime de l’homme, son ego et ses désirs ».
Tout d’abord, certes ce jugement du théologien Ratzinger ignore la diversité des pensées libres des Francs maçons, caractéristique fondamentale qui fait leur singularité parmi toutes les associations humaines.
En somme, Benoît XVI ne tolère pas la liberté de conscience : c’est un fondamentaliste mû par un antimaçonnisme datant de la fin du XIX°s, et marqué par le fascisme qu’il a connu et épousé dans son adolescence de jeunesse hitlérienne, dont il ne semble pas s’être réellement émancipé . Il ignore qu’au XVIII°s en France, avant la Révolution de 1789, environ 2.000 prélats catholiques avaient été initiés à la Franc maçonnerie, à l’abri du gallicanisme et du Parlement de Paris qui protégeait l’Eglise de France contre les abus de pouvoir du Pape.
Joseph Ratzinger ignore surtout que la FM n’est qu’une philosophie de l’action de l’Homme vivant en société, où il doit apprendre par lui-même à user des outils de travail sur soi pour se perfectionner en vue d’atteindre un certain niveau de sagesse lui permettant d’agir en société en vue de concilier les contraires dans la tolérance et la justice. Il n’y est pas question de religion ni de politique politicienne, mais seulement de « bonne gouvernance » que la « Royal society » a inaugurée en 1662.
Au fond, ce qui gêne ce théologien doctrinaire, c’est la liberté absolue de conscience du Franc maçon qui porterait en elle le germe du doute systématique risquant d’éloigner le croyant de la pratique de sa foi catholique.
Et c’est là encore que ce théologien se trompe, car la Franc maçonnerie respecte les croyances métaphysiques de chacun à la seule condition qu’il ne fasse pas de prosélytisme en cherchant à imposer sa foi aux autres. Pour le Franc maçon, la foi religieuse demeure une relation verticale entre l’Homme et Dieu pour l’au-delà, tandis que son engagement maçonnique est horizontal, traitant exclusivement de ses relations avec les autres hommes sur Terre, à la recherche de la vérité pour servir la justice et le bien-être de l’humanité. Il n’y a pas d’incompatibilité entre la verticale et l’horizontale.
En conséquence, le comportement dogmatique du Pape Benoît XVI doit rappeler la condamnation du philosophe Descartes dont le « Discours de la méthode » fut mis à l’Index en 1637, alors même qu’il cherchait à prouver par la raison l’existence de Dieu à partir du doute systématique. Mais la Congrégation du St-Office avait trouvé cette méthode contraire à la rigueur de la foi qui ne doit pas connaître le doute systématique par crainte d’errance. Et cette condamnation força Descartes à s’exiler en Hollande.
Finalement, Benoît XVI veut faire confesser aux catholiques Francs maçons ceci :
« Je pense librement, donc je suis hérétique ».
Et je dis NON à ce Torquemada du XXI°s !

Nadim Michel KALIFE, le 15/02/2020 au GFEQA

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