Société

Religion/Sœur Mary Lembo, une togolaise fait émerger la parole des religieuses. Thèse de doctorat réussie avec la plus grande distinction. Sujet: Les abus sexuels des religieuses par les prêtes

À 49 ans, cette religieuse togolaise vient de défendre à l’Université grégorienne une thèse remarquée sur les abus sexuels dont sont victimes les consacrées. Série « Les figures féminines dans les religions ». La thèse brillamment défendue fin septembre à l’Université grégorienne par sœur Mary Lembo est un peu #MeToo appliqué à l’Église. Son travail, couronné d’un summa cum laude, la meilleure appréciation possible, s’attaquait en effet de front à un sujet encore récemment tabou dans l’Église : les abus dont des religieuses sont victimes de la part de prêtres.

« Un choix venu de situations rencontrées comme éducatrice et formatrice », raconte la religieuse togolaise qui a travaillé sur les cas d’une douzaine de consacrées en Afrique. « Les victimes ressentent l’autorité du prêtre comme venant de l’Église elle-même et subissent cette relation à laquelle elles n’osent pas s’opposer », résume-t-elle d’une voix posée, pointant « la relation asymétrique » entre prêtres et consacrées. « Que ce soit chez les jeunes filles qui s’approchent du prêtre pour demander conseil sur leur vie spirituelle ou chez les religieuses, il y a aussi une grande naïveté, cause de vulnérabilité », reconnaît Sœur Mary qui relève aussi la honte des victimes dans une Afrique subsaharienne où il n’est pas bien vu de parler de sexualité.

Celle qui, dans sa longue expérience de formatrice, n’a jamais eu peur de « nommer les choses » quand il le fallait s’attache donc, dans les formations qu’elle prodigue, à mettre les femmes en capacité de refuser des situations inacceptables : « Il s’agit de trouver la force de dire non ou, après un viol, de crier pour que justice soit faite. » Mais sœur Mary Lembo va aussi vers les prêtres eux-mêmes. Récemment, elle a rencontré une centaine de séminaristes d’Afrique de l’Ouest. Sans échapper aux réactions sur les abus brandis « pour faire du mal à l’Église », elle les a sentis attentifs. « Leurs questions dénotaient qu’ils ont compris l’enjeu de la situation des abus », se félicite celle qui voit les mentalités évoluer dans une Église où le sommet de février, au Vatican, a marqué un tournant.

Peu à peu, la parole des femmes s’affirme pour une meilleure collaboration avec les hommes. « Il ne s’agit pas pour elles de prendre le pouvoir, affirme-t-elle, il est néanmoins nécessaire qu’elles aient une parole d’autorité qui leur permettre d’être écoutées. »

Avec la croix.com

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