« Nous ne sommes pas dans une démocratie(…) ». Les récents propos du président Burkinabè Ibrahim Traoré, un cas d’école pour les africains ?

Les récents propos d’Ibrahim Traoré, une invite à la réflexion
« Nous ne sommes pas dans une démocratie. Nous sommes bien en révolution progressiste populaire. Il faut que tout le monde comprenne ça. C’est d’ailleurs plus étonnant que ceux-là qui sont censés être les intellectuels et qui ont fait l’école peuvent imaginer qu’un pays peut se développer dans la démocratie. Qu’on nous cite un seul pays qui s’est développé dans la démocratie, ce n’est pas possible. La démocratie n’est que l’aboutissement. On commence par forcément par une révolution et nous sommes bel et bien en révolution ».
Ces propos tenus il y a quelques jours à la télévision nationale par le président de la Transition du Burkina Faso, suscitent des commentaires au-delà des frontières du ‘pays des hommes intègres’. Sur les réseaux sociaux, chacun y va de son commentaire. Qui pour soutenir le capitaine Ibrahim Traoré, qui d’autre pour le critiquer pour sa gouvernance jugée archaïque. Pour ces derniers, un peuple qui vit en dehors de la démocratie, est une communauté qui veut retourner ‘à la pierre taillée’.
Un état des lieux sans complaisance est requis
Au-delà de tout ce qui se passe au Burkina Faso, notamment les enlèvements et les arrestations que plusieurs personnes qualifient de situation inquiétante (ces personnes ont raison dans une certaine mesure), ces propos tenus par le capitaine doivent inviter les Africains à une réflexion poussée.
Comment peut-on vivre au 21è siècle dans des pays africains dits indépendants et riches, mais qui n’existent que par la volonté des autres peuples ? Eh bien, sociologiquement, politiquement, économiquement, moralement et même sur le plan philosophique, l’Afrique n’existe qu’en se voyant dans le prisme des autres communautés. Et depuis, la situation des pays africains ne change pas, ils sont toujours pauvres et leurs populations sont celles qui côtoient le plus la misère. Comment peut-on se développer dans ces conditions ? Le développement est-il une affaire d’imitation ou de mimétisme ? Comment peut-on arriver à développer nos pays si on ne pose pas les vraiment problèmes qui les minent ?
Voici ce que dit un Africain sur la situation du continent : « tout ce que nous faisons, tout notre système de développement sont des systèmes calqués. Notre société est une société calquée. Comment peut-on dire à un villageois qui vit au village avec sa femme depuis 30 ans qu’il n’est pas marié et que c’est un jeune qui s’est présenté devant le maire avec son épouse qui est marié ? Peut-on construire un peuple hors de sa sociologie, hors de ses valeurs culturelles et anthropologiques ? ».
En Afrique, le système éducatif, du premier niveau jusqu’à l’université, est calqué sur ce que fait l’occident. Même le programme est occidental. On dit dans certains cercles qu’on a fait le choix de l’universalité oubliant que l’universalité, c’est la somme des particularités. Et lorsqu’un diplômé ouvre la bouche, il ne peut que citer des penseurs européens qui, pour la plupart, n’ont jamais rien dit de bon sur l’Afrique. Le système judiciaire, n’en parlons plus. En Afrique, une personne qui promeut la culture ancestrale est vue comme un démon ou à la limite comme un satanique. On se plaît dans la religion de l’autre et on dit de nos pays qu’ils sont laïcs. Alors que dans la pratique, il n’en est rien. Un exemple concret : dans la plupart des pays africains, une dizaine de jours ouvrables dans l’année est fériée pour les religions importées tandis que la ‘religion’ de leurs ancêtres n’a rien.
De la nécessité de revisiter les systèmes de gouvernance des empires et royaumes africains
A y voir de plus près, tous les pays qui sont aujourd’hui en avance sur les autres, ont tout construit sur leur histoire, leur origine et leur culture. Il y a des traits distinctifs pour reconnaître un Chinois, un Arabe, un Occidental, un Japonais, un Indien….C’est seulement les Africains qui n’ont pas de traits distinctifs. Ils se conjuguent dans le prisme des autres. Et malgré la grande richesse du continent africain, les pays africains sont toujours à la traîne. Ne doit-on pas comprendre que la copie ne fait pas notre affaire ?
Partout en Afrique, on crie ‘démocratie’, une institution sociopolitique conçue par un peuple qui s’est basé sur son histoire. La plupart des Africains qui crient à la démocratie ne savent pas que l’Afrique a une histoire riche et inégalée sur laquelle on peut se fonder pour créer une société meilleure. Le système de gouvernance mis en place par les Ashanti, le royaume du Danhomey, les Bamiléké, l’empire du Mali ou du Ghana n’a rien à envier à la démocratie d’aujourd’hui. Et même lorsque certains découvrent cette riche histoire de l’Afrique, ils font la sourde oreille. On dirait que quelque chose les empêche de comprendre. Et la plupart du temps, ce sont les systèmes de gouvernance des empires et royaumes africains cités plus haut que beaucoup d’Africains appellent les choses de la ‘pierre taillée’.
Les pays occidentaux n’ont, pour la plupart, pas commencé leur histoire politique avec la fameuse démocratie. L’histoire des idées politiques enseignée dans les universités africaines en dit long. Ils ont pris de différents chemins dont la résultante est la démocratie. Le jour où ils la jugeront non convaincante, ils vont la changer avec un système de gouvernance, sans demander l’avis de qui que ce soit. Surtout pas des Africains.
Ecrit par Kofi TELLI