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[Éditorial] La conscience morale, ce vigile attentif

De GCE Cyr ADOMAYAKPOR

Pour mieux saisir l’unité d’un être ou celle rompue de nos sociétés, il est un fil précieux, celui de la conscience morale.
N’allons pas au-delà de l’inexplicable ni dans des questions métaphysiques trop complexes, aux développements implexes qui, en réalité, nous dépassent, et dont les réponses définitives, qui sont une quête vaine, ne sont données à personne, en tout cas de son vivant.

Supposons un juge qui se voit offrir quelque avantage pour prononcer un verdict de complaisance. S’il est intègre, il repoussera avec indignation, fût-ce au prix de sa carrière et même de sa vie, pareille proposition qu’il ressentira comme une terrible offense. Mais, imaginons-le tenté par cette offre : il hésite à l’écarter, il en sent bien la malhonnêteté ; ce pendant la perspective d’un gain facile le trouble.

Cela ne va pas sans grand malaise ; quelque chose en lui répugne à cet acte ; son honnêteté passée, son honneur, sa réputation, la honte qu’il pressent déjà, tout cela compose une masse de résistance qui s’exprime par une sorte de voix intérieure : ne fais pas cela, c’est mal…

Ces luttes secrètes, nous les connaissons tous, diversement. Que leurs enjeux soient graves ou non, elles constituent la trame quotidienne de nos vies respectives. Ces sentiments, ces jugements plus ou moins distincts, et qui concernent la valeur de nos actes constituent en effet la conscience morale. Elle est le mouvement de Dieu en nous.

Comme un envoyé spécial de Dieu, ce vigile attentif qui loge dans nos tréfonds, et qu’on trouve parfois encombrant, tant il cherche incessamment à nous interpeller quand les forces envahissantes du mal, à savoir la bête, l’autre coexistante, qui sommeille en nous, se font pressantes, insidieuses.

N’étant pas des saints, et donc sujets à faillir, il nous appartient juste de faire de notre mieux possible pour être le moins impropre possible eu égard à cette conscience, en refusant la bête qui sommeille en nous, tout au moins l’apprivoiser pour qu’elle soit la moins féroce, la moins égoïste possible. Et comme Malraux le disait si bien, l’humanisme, c’est-à-dire ce visage, cette main tendue à l’autre, ce message de Dieu, ce n’est pas dire : « ce que j’ai fait, aucun animal ne l’aurait fait » . C’est dire : « nous avons refusé ce que voulait en nous la bête, et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase » !

Nous avons mesuré l’affreuse servitude dont tous les systèmes extrêmes : le libéralisme sauvage, les totalitarismes en tout genre ont rétrogradé l’humain derrière les enjeux de puissance. Nous voyons ça et là dans le monde se manifester une organisation technique et méthodique de la violence, de la cruauté. Certes, les annales de tous les peuples sont pleines de douleurs, de catastrophes, d’injustices. Bref, de toutes ces injures à l’endroit des princes bafoués. Mais aujourd’hui plus encore qu’hier, à l’ère des plus hautes conquêtes du savoir, comment imaginer que la barbarie tout court, qui n’est pas seulement une régression, mais un reniement total de toute puissance divine, et qu’on croyait révolue dans ses formes les plus primitives, pouvait être encore plus affreuse, revêtant aussi cruellement une dimension sociale plus méprisante, qui va contre toutes les conquêtes de l’esprit humain, contre la conscience, contre le respect de la personne humaine, contre la liberté, la justice et la tolérance, contre tout ce qui a fait depuis des millénaires notre civilisation générale et forcément généreuse ?

À cette domination par les égoïsmes, par la guerre, la conscience morale est à l’initiative. Elle s’oppose. Elle voudrait une domination par la paix, par le bien. Nous devons à sa raison, c’est-à-dire à l’humanisme qu’elle stipule de rédiger I’ordre du jour de la pensée providentielle.

Ensemble, apportons notre pierre à l’édifice, dont le plan même ne nous est pas connu et dont le grand Architecte est ailleurs… Apportons-la, chacun à sa place, avec le zèle ardent, la confiance, le cœur charitable du mortel qui a deux certitudes insufflées par la foi : l’une est que ce travail est bienfaisant et que nous apercevrons au titre des devoirs accomplis toute une foule humaine meilleure et plus éclairée, connaissant plus de justice, plus de conscience morale, plus d’humilité, plus de paix intérieure, plus d’amour ; l’autre est que l’édifice se termine, comme les cathédrales, par une flèche élancée vers les cieux.

Car toute action humaine qui enlève un peu de tristesse, conteste l’hégémonie du mal, atténue les souffrances infligées par les vicissitudes, – qu’on les accepte dans leur ensemble, ou qu’on les trouve par parties injustes- cette action, disais-je, est une grâce. C’est la main levée de Dieu qui l’a inspirée. Et parce que c’est cela, et parce qu’on ne saurait tout comprendre, tout expliquer, tout ignorer non plus, que mépriser Dieu, c’est se tirer une balle dans l’âme.


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