Afrique

[Devoir de mémoire] BEHANZIN : LES CONSÉQUENCES DÉSASTREUSES D’UN NON RETOUR SUR LA TERRE DU DANXOMÈ

A la mort de son père le roi GLÈLÈ (1859-1890), Kondo alors chef des guerres, prit le pouvoir sous le nom fort de Gbêhinzin bo Aïdjrèrè qui signifie en fongbé : «l’univers tient l’œuf que la terre désire, indexe, évalue ou mesure » et son emblème était le Requin.

Le nom indiquait qu’il est la réplique de ce que la France pense de la terre de Danxomè. Son emblème montrait l’étendue de la résistance qu’il opposera. Son règne ne durera que quatre ans. La France, outillée depuis la Conférence de Berlin de 1885 qui a entériné le partage de l’Afrique entre les nations européennes, profita de la brouille entre Béhanzin et son frère Toffa 1er (1874-1908) roi de Porto-Novo pour attaquer le royaume de Danxomè. Elle gagna la bataille, et célébra un simulacre de victoire car Béhanzin entra dans le maquis et devint insaisissable. Face aux pressions, aux manipulations et aux exactions contre son peuple, Béhanzin prit la décision de se rendre.

Dans son livre intitulé « Le Roi Béhanzin : du Dahomey à la Martinique» Patrice Louis s’est interrogé : BEHANZIN – POURQUOI L’ALGERIE ?
Cette question suscite d’autres à savoir :
Pourquoi Béhanzin, voulait-il à tout prix revenir sur la terre de Danxomè ? Était-il seulement guidé par l’instinct de revenir pour reprendre le trône de son royaume ? Pourquoi la France n’avait-elle pas respecté son engagement de le faire rencontrer son homologue français ? En tentant d’élucider tant de questionnements, nous en viendrons à comprendre le pourquoi de la destination de l’Algérie.

Le roi Béhanzin est arrivé en Algérie après maintes démarches auprès de différentes personnalités de son entourage vers les autorités françaises.

Dans le film « L’exil du roi Béhanzin » (du réalisateur Martiniquais), on peut percevoir l’importance des pressions qu’il exerçait à travers amis, proches du pouvoir et même dans la presse pour obtenir son retour en terre de Danxomè. ‘’Il faut que je retourne à Danxomè’’… si je n’y retourne pas, la France essuiera une honte indescriptible…

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La pression devenait si forte que pour résoudre définitivement cette question, la France décida de l’envoyer en Algérie qui selon elle, serait aussi une terre africaine qui devrait satisfaire ce roi devenu trop exigeant et encombrant.
Il ne s’agit pas de regarder la personne de GBéhanzin, mais celle de ces 18 000 hommes et femmes d’origines Mahi,Yoruba, Nago, Adja, Houéda, Aïzo, Holi, Fon, Ouatchi, et même Allemands enrôlés de gré et ou de force, qui ont combattu à ses côtés. Ces milliers de femmes intrépides qui s’étaient sacrifiées, et à la fin de cette résistance, celles qui étaient rentrées dans l’errance, en proie à la folie et autres démences, avaient perdu tout espoir de reconstituer leur vie, leur royaume et leur identité.

Trois jours avant la rencontre de Goho (lieu où est érigée aujourd’hui la majestueuse statue du roi GBéhanzin à Abomey), le roi avait reçu sur sa demande, la visite de Dodds à Cadadadji dans son bunker (1km environ d’Ahouankplétisa), où il accepta de se rendre à lui contre la garantie de le conduire à son homologue français. Une fois cet accord conclu, Béhanzin se prépara pour ce voyage.


Selon la tradition, un voyage est un évènement important qui se prépare spirituellement afin qu’il se déroule dans de bonnes conditions. En langue fongbé Ahouangbétissa signifie ‘’sous l’arbre de compte rendu de guerre’’ et
Ahouangblétissa avec une différence d’une lettre ‘’L’’ signifie ‘’sous l’arbre de la défaite’’ :

  • le premier était le nom de cette place avant ce jour de Janvier 1894 l’avant-veille du jour de départ du roi pour l’exil,
  • le second nom est celui que cette place gardera jusqu’à ce jour et le figuier qui s’y trône est toujours là.
    Tôt le matin, avant le premier chant du coq, un petit groupe de cinq hommes avait traversé le petit village et s’était arrêté à son entrée. La démarche spéciale arquée du roi trahissait sa présence au milieu du groupe. Ils creusèrent un trou dans lequel ils déposèrent d’abord un mortier (vase en bois pour piler des substances) au fond du trou, et y mirent quelques produits d’origine végétale et minérale. Le roi demanda que l’on consulte les oracles. L’un d’eux prit dans ses mains quatre cauris et le roi posa la question : suis-je assuré de partir et de revenir ici à Danxomè sain et sauf après ce voyage ? Celui qui avait les cauris, les jetèrent au sol.

L’interprétation de ce premier jet fut Non. Le roi ordonna qu’il les reprenne, reformula la question et lui demanda de les lancer à nouveau. La réponse fut à nouveau Non. Le roi regarda l’assistance et hocha les épaules. Il se trouvait dans une situation irréversible puisqu’il avait donné son accord à Dodds et reconnaîtra officiellement sa défaite au cours d’une cérémonie qui se déroulera dans quelques heures dans ce village à la place
AHOUANKPLETISA. L’instant était donc très grave. Il demanda une troisième fois que l’on jette les cauris. La réponse une troisième fois fut toujours Non. Le roi demanda que l’on apporte la graine du rônier. Il prit celle-ci, la montra aux quatre points cardinaux et la déposa dans le trou. En langue fongbé, le nom de ce fruit est ‘’agonkoui’’ qui signifie littéralement « la graine du non retour ».
BEHANZIN dit : si je ne revenais pas à cet endroit par la faute de la France, alors elle connaitra en sept ans, et sept fois sept années, une cassure comme un verre qui tombe sur une pierre, et elle essuiera une honte indescriptible. Le trou fut fermé et le groupe quitta les lieux pour la suite.

La décision du roi de partir en France n’était donc pas prise sans précaution.
La « soumission » de Béhanzin à Dodds s’était réalisée en trois étapes et en trois jours :

  • la rencontre de Cadadadji où il conclut l’accord de faire conduire en France,
  • le grand rassemblement qui correspondait à la cérémonie appelée (whouikloklo lire o ouvert) qui signifie littéralement le lavage de l’épée. Cette cérémonie matérialise la fin de la guerre. Ce fut au cours de cet évènement qu’il publia la célèbre chanson qui est aujourd’hui sous la plume du professeur Jean PLIYA « le discours d’adieu de Béhanzin »,
  • La dernière étape sera
    celle de Goho qui marqua le début officiel du voyage. Ce furent autant d’évènements qui levèrent l’équivoque que le roi s’était rendu de son gré et non capturé. Quand Béhanzin fut conduit à Cotonou, et que les supérieurs de Dodds lui intimèrent l’ordre de le diriger plutôt vers la Martinique au lieu de la France, Dodds (un métis) regretta profondément ce refus de la France car il portait déjà Béhanzin dans son cœur, admirait son courage, sa détermination et entre les deux officiers de guerre, il n’y avait qu’une seule parole. Ne pas le reconnaitre serait une malhonnêteté intellectuelle envers cet officier qui d’ailleurs à renoncer de conduire Béhanzin en Martinique. Le manque de parole, le non respect des engagements et le mépris pour le Noir, feront payer à l’Europe la monnaie de la pièce Française.

Paul Marshall nous rappelle qu’« un peuple né peut progresser s’il n’a pas le sens de son passé, s’il ne le regarde en face, s’il n’assume pas son histoire ».

Le rônier avait poussé grossi et grandi à l’entrée du village de Kpètèkpa Ahouankplétisa avant d’être abattu récemment en 1983 par ignorance de la population. Aujourd’hui, si l’on effectué des fouilles à cet endroit, il est fort possible, d’exhumer les restes de cet arbre.

Le roi mourut en décembre 1906 en Algérie sans revenir à cet endroit. Sept ans après, 1914, un couple autrichien en Autriche, fut assassiné ce qui fut la goutte d’eau qui déborda le vase, la première guerre mondiale éclata. La France fut mise en lambeaux. Elle connut des moments de tribulation et d’intenses douleurs. Sept fois sept années à compter du jour de la mise en terre du rônier, les prémices de la deuxième Guerre Mondiale grondèrent à nouveau comme un ouragan, l’Europe fut secouée et la France se cassa comme un verre qui tombe sur une pierre.

Des Allemands avaient combattu aux côtés de Béhanzin. Quand les français les capturaient, ils furent traités avec une férocité indescriptible et Béhanzin le savait.
En sept ans et sept fois sept années, l’Allemagne brisa la France. L’univers tient l’œuf que la terre désire : Béhanzin.
Dans le village de Kpètèkpa et sur sa place centrale rebaptisée AHOUANGBLETISSA, il eut un grand rassemblement ce janvier 1894 où chants glorieux et danses avaient soulevé la poussière.

L’article qui sera consacré à cet événement apportera des puzzles qui manquaient à la reconstitution de cette phase de la résistance de Béhanzin.

Source: La nouvelle tribune

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